Editorial : Politiques de développement agricole au Tchad : plus un discours politique qu’une réalité

agriculture-afrique.org
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Malgré l’émergence du secteur pétrolier fin 2003 qui a considérablement modifié le contexte économique du Tchad, l’agriculture et l’élevage demeurent la base du développement économique du pays en raison des caractères erratique et épuisable des ressources pétrolières. Considéré toujours comme pilier de l’économie nationale, le secteur agricole est un grand pourvoyeur d’emploi occupant plus de 2/3 de la population active du pays dont plus de la moitié est composée de femmes (FAO, 2015). L’agriculture contribue à la formation du PIB estimée à 23% dont 20% proviennent de la production vivrière et 3% des cultures de rente. Aussi, l’agriculture contribue à la production d’aliments qui permettent de de résorber en partie l’insécurité alimentaire récurrente. Enfin, elle est source d’une croissance économique inclusive contrairement aux autres facteurs de croissance.

Au Tchad, les deux dernières décennies ont été marquées par de nombreux programmes publics en faveur de l’agriculture. Le dernier en date est le programme entamé en faveur de la modernisation de l’agriculture à travers sa mécanisation où plus de 1 200 tracteurs ont été octroyés aux agricultures par le PNSA en 2012. Les dépenses publiques colossales engagées en faveur de l’agriculture (près de 157, 5 milliards de FCFA entre 2005-2012 soit 85% des dépenses publiques), principalement consommées par le PNSA, l’ONASA et la COTONTCHAD ont pour seul objectif d’accroître la production agricole et de sortir ainsi le Tchad de sa situation d’insécurité alimentaire récurrente. Appuyés par de nombreux partenaires au développement, ces programmes de développement agricole n’ont malheureusement pas atteint les résultats escomptés. Le PNSA n’a pas pu permettre au Tchad d’atteindre la sécurité alimentaire prévue comme son objectif principal de création le suggérerait. Car selon l’indice de la faim (GHI), intégrant les quatre aspects de la sécuritaire alimentaire (sous-alimentée, émaciation des enfants de moins de 5 ans, retard de croissance des enfants de moins de 5 ans et mortalité des enfants de moins de 5 ans), le Tchad se positionne dans une situation de malnutrition alarmante en 2015 avec un score compris entre 35–49,9 sur 100. Comme quoi il ne suffit pas d’engager des milliards de FCFA en faveur du secteur agricole ou de mettre à la disposition des paysans des tracteurs pour que la sécurité alimentaire soit atteinte. Cela pose d’une manière générale le problème de l’efficacité de l’action publique au Tchad. Bien que les besoins soient énormes, le peu des ressources investies auraient pu enclencher véritablement la transformation structurelle de l’agriculture. Seule une culture de gestion par les résultats est gage d’efficacité de tous les programmes en faveur de l’agriculture. Ainsi, l’Assemblée Nationale, la Cour de compte, l’Inspection générale de contrôle, etc. sont interpellées à cette fin.

Ainsi, le secteur agricole du Tchad est relativement peu performant malgré la disponibilité incontestable de sol riche et cultivable ainsi que les ressources en eau nécessitant seulement un petit effort en vue de rendre l’agriculture tchadienne indépendante de la pluie. En effet, le potentiel des terres cultivables est estimé à 39 millions d’ha, représentant 30% du territoire national et 5.6 millions d’ha de terres irrigables, dont 335. 000 ha sont facilement irrigables. Les superficies cultivées annuellement sont estimées à environ 3 millions d’ha, soit 7,7%.

C’est dire que le Tchad doit encore fournir des efforts considérables pour lever les nombreuses contraintes d’ordre technique, financier et institutionnel auxquelles font face les exploitants agricoles si la sécurité alimentaire est véritablement l’objectif recherché.

Tchad Eco dans sa treizième parution offre l’opportunité d’analyse de la problématique agricole en lien avec la soutenabilité de l’économie tchadienne. Il propose des solutions idoines pour améliorer les politiques agricoles existant afin de permettre au pays de parvenir à son autosuffisance alimentaire tant prôné par les autorités. Car ne dit-on pas qu’ « à cœur vaillant rien n’est impossible ? » Nous souhaitons bonne lecture à nos lecteurs.

Auteur : Jareth BEAIN

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